J’t’ai dit au revoir.

J’t’ai dit au revoir….sans trop le vouloir.

T’étais pu bien, ma belle. Ça faisait longtemps que ton corps était épuisé, qu’il était à bout, qu’il était prêt à se laisser aller. Ta tête prenait le dessus et se disait: encore une fois, encore une autre journée. Mais ça faisait trop longtemps que ça durait.

Douze ans. Douze ans que tu te battais contre ce qui prenait le dessus dans ta tête.

J’étais petite. J’ai compris.

Même si je voulais pas l’entendre, même si je voulais pas le savoir. À 14 ans, tu ne sais pas ce que ça engendre, ce que ça va signifier pour le reste de ta vie. J’étais niaiseuse, je le savais au fond de moi qu’on ne pouvait pas rien faire, mais j’ai quand même prier à Dieu. Sans trop savoir s’il existe. Parce que j’étais en détresse, parce que je voulais pas te laisser partir. J’y ai demandé de prendre ma vie au lieu de la tienne, parce que j’étais pas heureuse, parce que je m’imaginais pas vivre le restant de ma vie sans toi. Qui prenne mon cerveau au lieu du tien, même si t’étais condamnée depuis bien longtemps. Je ne savais pas quoi faire, mais je me disais que si tu étais épargnée, au moins je saurais que papa et mon petit frère seraient heureux pour le restant de leur jour. Ils avaient besoin de toi. Ta vie valait plus que la mienne.

Mais j’ai pas eu le choix, on a pas eu le choix.

Ta mère en avait trop vu, en avait trop vécu. C’est pas normal de perdre un enfant avant de quitter soi-même. Mon père voyait l’amour de sa vie quitter, alors qu’il savait qu’il allait tout perdre: sa confidente, la mère de ses enfants, sa meilleure amie, la personne la plus importante dans sa vie, la seule qui important. Pis moi, j’étais avec eux dans cette pièce, quand la femme au sarrau blanc est entrée et nous a dit qu’il n’y avait plus rien à faire. Du haut de mes 14 ans, j’ai lancé à contre cœur et sous mes sanglots: débranchez-la, elle a assez souffert. J’espère que tu m’en veux pas. J’étais incapable de te voir mourir sous mes yeux. Tu avais droit à ta fin heureuse, d’être enfin libre.

T’es partie un soir d’août, maman, il faisait chaud encore. Maintenant ça fait 5 ans, pis tu me manques tout autant. J’arrive vers la vingtaine pis ça me fait peur, pour être honnête. Depuis ma majorité, je pleure pis je suis perdue, je ne me sens pas à ma place. Je suis une jeune femme brillante, j’ai ton sourire, pis je te ressemble tellement. J’ai la vie devant moi, j’ai un avenir formidable, des rêves et des projets. L’Université qui m’attend. Mais t’es pas là. Pis j’ai peur de ne pas devenir une femme d’exception, parce que t’es pas là pour me conseiller, pour m’écouter. C’est beau être forte, mais moi aussi j’ai mes moments de détresse, pis c’est de ton épaule que j’aurais de besoin.

J’ai une vieille âme, qu’ils disent. Mais c’est pas vrai. J’ai juste jamais connu l’innocence et la naïveté de l’enfance, j’avais même pas deux ans quand t’es tombée malade. J’étais au début de l’adolescence quand t’es partie, pis j’ai dû apprendre à devenir une femme par moi-même. Vivre mon deuil et continuer pareil. C’est de ça que je m’ennuie aussi, parce que maintenant à 19 ans, je ne sais toujours pas c’est quoi l’extase et la passion de la jeunesse. L’insouciance. J’en ai trop vu, j’ai trop appris.

Là c’est moi qui a l’impression d’être pris dans un corps, dans une vie banale. Je me sens trop vieille pour mon âge. Je suis seule, j’ai pas beaucoup d’amis. Les gens sont vides et n’ont rien vécus. Ils sont superficiels.

Pis t’es pas là. Ce qui rend les choses encore moins faciles.

-MademoiselleLou.

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